Rennes à la sauce automates

RENNES. Les Champs libres restent la seule grande bibliothèque entièrement automatisée en France. La RFID se généralise peu à peu dans les établissements mais les professionnels font rarement le choix de l'automatisation complète des prêts et des retours.

 

Vendredi 13 avril à la médiathèque des Champs libres à Rennes. Au rez-de-chaussée, dans l'espace accueil-information, quelques lecteurs attendent leur tour pour rendre leurs documents: les placer sur la plate-forme informatique pour enregistrer le retour, puis les déposer dans les boîtes de tri prévues à cet effet. Les usagers paraissent parfaitement rodés à cette opération qui prend seulement quelques dizaines de secondes en tout. C'est encore plus rapide avec l'automate assorti de son imposant carrousel de tri installé près de l'entrée : à peine déposé sur la plate-forme, le document est avalé par le robot.· Même scénario pour les emprunts dans les différents espaces: l'emprunteur passe sa carte puis ses ouvrages sous le lecteur de l'automate. « C'est la deuxième fois que j'utilise ce système. La première fois, j'étais un peu perdu ; aujourd'hui, tout s'est passé impeccablement », déclare ce lecteur d'une cinquantaine d'années. Une dame, utilisatrice des Champs libres et par ailleurs bénévole dans la bibliothèque de sa petite commune de Gévezé, apprécie l'efficacité du procédé, même si elle en souligne le côté impersonnel: « Je ne retrouve pas ici le contact humain que nous avons dans la bibliothèque où je travaille comme bénévole. Mais c'est bien sûr une question d'échelle. »

 

Difficile de trouver un avis défavorable sur le tout-automatique. Même en tenant compte du devoir de réserve auquel il est soumis, le personnel aussi semble s'être bien adapté à ce fonctionnement: « Je ne me demande pas si la suppression des banques de transactions est une bonne chose ou non, observe Fabrice Marsac, adjoint du patrimoine. Pour moi, c'est une évolution naturelle de nos établissements. Récemment, je suis allé à la bibliothèque municipale de Nantes: cela m'a semblé complètement archaïque de voir mes collègues faire du prêt!»

 

Est-ce une conséquence de l'automatisation qui supprime la concentration des usagers en un point donné ? Il règne dans toute la bibliothèque une atmosphère sereine, fluide. Pour MarieThérèse Pouillias, directrice de la médiathèque des Champs libres, l'impact sur l'ambiance est une évidence : « Les opérations de prêts et de retours structurent fortement l'organisation d'une bibliothèque. Ce qui m'avait séduite lors de mes visites dans les établissements automatisés des Pays-Bas, c'était l'absence de passage obligé aux banques de transactions, ce qui donnait une grande liberté à la circulation des visiteurs. Penser l'organisation d'un établissement, c'est penser les flux entre le personnel, les usagers, les collections. »

 

Bonne performance. Un an de fonctionnement a confirmé aux Champs libres la bonne performance de l'automatisation, même si tout n'est pas parfait. Seuls 5 % des transactions échappent aux automates: 3 % de documents spécifiques et 2 % d'anomalies. « Il reste encore un travail à mener pour améliorer le dialogue entre notre logiciel documentaire et le système RFID [radiofrequency identification], admet Sarah Toulouse, conservatrice en charge de l'informatique. Mais les problèmes sont vraiment marginaux. » Contrairement à la crainte de certains professionnels, l'automatisation ne semble pas nuire au dialogue entre le personnel et les lecteurs. Les usagers viennent au contraire plus facilement solliciter les agents qui, libérés des tâches mécaniques, sont disponibles et mobiles: pour le lecteur, il est plus facile d'engager la conversation incidemment entre deux rayonnages plutôt que de solliciter l'aide d'une personne assise derrière un bureau. Très en cause dans les applications commerciales de la puce RFID , la question de la confidentialité et de la traçabilité des informations n'inquiète pas les usagers. A juste titre: « Notre utilisation de la RFID est conforme à la loi Informatique et libertés, assure Sarah Toulouse. Pour un document, on connaît le nom de l'emprunteur en cours et le précédent, c'est tout. Quant à la carte de lecteur, c'est seulement un code. »

 

Une exception en France. L'exemple de Rennes reste une exception. Dans l'ensemble, les professionnels français restent réservés quant à l'automatisation complète, car elle modifie toute l'organisation du travail et les rapports avec le public. Certes, la RFID remplace progressivement le système magnétique qui tombe en désuétude. « La RFID a connu un fort développement en France depuis un an, confirme Cornélis Payjens, P-DG de Nedap France. Le mouvement devrait s'accentuer avec la baisse du prix de la puce: 1 euro en 2005, 40 centimes en 2007. Les professionnels français ont une attitude très prudente. L'automatisation ne fait pas partie de leur philosophie. La RFID est d'abord pour eux un système antivol et un outil de gestion des collections. »

 

 

Quand ils sont adoptés, les automates de prêt ne sont utilisés, sauf exception, que comme des appoints aux transactions manuelles. La ville de Paris, par exemple, a prévu un vaste plan d'équipement de son réseau en RFID sur cinq ans, mais vis-à-vis de l'automatisation, c'est le « principe de précaution » qui prévaut. Les automates seront d'abord testés dans la prochaine bibliothèque Marguerite-Yourcenar (15e arrondissement) avant d'être éventuellement généralisés: « L'automatisation a un coût, explique Patrice Salsa. Avant de s'engager, on veut s'assurer qu'elle est perçue comme un gain par l'usager, pas comme une diminution du service. »

 

 Article de Véronique Heurtematte paru dans Livres Hebdo numéro 0687 le 27 avril 2007

 

Mots clé :
Rennes, automate, presse